Mon goût pour le journalisme est ancien. Il est lié à mon inclination à l’expression et à la communication socialement utiles. Je ne pense pas être bavard, je ne débite pas de paroles à tout propos, mais j’aime communiquer lorsque je le juge bon. Plus précisément, j’aime bien partager l’information que je juge utile à la société. J’aime bien aussi exprimer mon point de vue sur les choses et les êtres, sur les discours et les actes, sur les questions de société, sur l’économie, sur la politique, sur l’environnement, etc. Au fond, pour quelqu’un qui se plaît à transmettre le peu qu’il sait, il est logique et normal d’aimer informer et éclairer avec discernement. Le savoir lui-même ne relève-t-il pas de l’information ? N’est-il pas une forme élaborée d’information sur le monde et sa transformation ?
Mes premiers contacts avec le journalisme remontent à mes premières lectures de journaux. J’étais alors en collège (secondaire inférieur). Mes premiers écrits pour un journal étaient de petits essais poétiques de lycéen. Je les adressais pour publication à l’unique titre de presse du pays, La Nation, un organe d’État qui avait succédé à un hebdomadaire colonial paradoxalement dénommé Le Réveil.
J’ai exercé le journalisme plus tard, lorsque j’ai quitté l’armée, me libérant de l’obligation de réserve. Obligation de réserve ? Je la considère comme justifiée, car le ou la militaire ne doit pas s’immiscer dans la politique. S’il (elle) le faisait, il (elle) serait tenté (e) de mettre tout le monde d’accord par un coup d’État. Le rôle d’un (e) soldat (e) est de défendre la patrie, non de la gouverner.
C’est en 1991 que, quoique sans formation formelle en la matière, j’ai publié mes premiers articles dans les colonnes de La Nation, toujours unique journal du pays. Cette publication était encore hebdomadaire. Son rédacteur en chef, mon ami Mohamed Dileita Mohamed, m’a y recruté comme pigiste. D’entrée, j’ai écrit des articles qui ne se contentaient pas de relater des faits. Un fait, pensais-je déjà, même divers, doit retenir l’attention du journaliste au-delà de sa narration. Ce dernier doit comprendre, autant que faire se peut à son niveau, quels facteurs ont favorisé le fait et identifier la ou les éventuelle (s) responsabilité (s) engagées. Dit autrement, j’estimais socialement utile d’aller au-delà de l’information factuelle, d’où mon intérêt pour le journalisme d’investigation.
En réalité, j’ai toujours été de ceux qui considèrent que le journalisme se doit de contribuer à la bonne marche de la société, notamment en éclairant l’opinion publique. En relatant les faits, en enquêtant sur eux, en posant des questions aux acteurs sociaux et en analysant, le journaliste peut et doit contribuer à informer le débat démocratique et à éveiller les consciences. Certains peuvent y voir une conception engagée du journalisme. Mais y a-t-il des médias sans sensibilité particulière et des journalistes sans convictions ? Je ne le pense point. Il suffit de considérer les lignes éditoriales des organes d’information à travers le monde pour s’en convaincre.
C’est dans cet esprit que j’ai tenté de travailler comme rédacteur en chef de l’hebdomadaire La Nation. Ni la direction de la publication ni le pouvoir politique n’ont favorablement accueilli ma ligne, d’où mon rapide et abusif licenciement, mais je n’ai jamais regretté mon éthique. J’y suis resté fidèle.
A l’inverse, je n’ai rencontré aucune difficulté à mettre au service du peuple l’hebdomadaire Le Renouveau, organe de presse du Parti du renouveau démocratique (PRD), première formation légalisée d’opposition dont j’ai eu l’honneur d’être membre fondateur. Nous avons lancé Le Renouveau le 7 octobre 1992, soit quelques semaines après la fondation du PRD le 12 septembre 1992. J’en ai été nommé co-directeur de publication et rédacteur en chef. Je l’ai animé et rédigé à titre principal jusqu’à son interdiction définitive en avril 2007. Je l’ai fait paraître quinze ans durant, résistant aux persécutions multiformes du régime. Ni arrestations, ni détentions, ni suspensions de l’organe, ni confiscations de ses moyens de travail et d’éditions entières ne m’ont découragé. A ce jour, Le Renouveau, renommé Le Renouveau Djiboutien en novembre 2002, détient le record de longévité dans l’histoire des médias non gouvernementaux à Djibouti.
J’ai encore largement contribué à la rédaction du bulletin mensuel de l’Opposition djiboutienne unifiée (ODU), une coalition que le PRD et les autres acteurs de l’opposition djiboutienne ont mise en place en 1999. Cette dernière visait notamment à contrer la succession dynastique à la tête de l’État organisée par le Président de la République, Hassan Gouled Aptidon, au profit de son chef de la sécurité et proche Ismail Omar Guelleh. La publication de l’ODU se nommait Le Temps et a paru comme elle a pu jusqu’à la fin de la coalition.
Plus tôt, en 1994, j’ai fondé un journal mensuel que j’ai appelé Ensemble. C’était un organe de presse qui, à la différence du Renouveau, était politiquement non affilié. Comme tel, il visait un large lectorat. Malgré son positionnement, la publication n’a pas pu durer pour des raisons économiques. Parce que j’en étais le promoteur, moi l’opposant, la peur de subir les représailles des autorités a dissuadé les abonnés et autres annonceurs potentiels.
Passant de la presse écrite à la radio, j’ai lancé en janvier 2010, avec l’appui décisif de quelques amis de la diaspora djiboutienne d’Amérique du Nord, La Voix de Djibouti (LVD). Comme radio en ondes courtes rediffusée en ligne, ce média indépendant a fonctionné de janvier 2010 à juin 2011. Après une période basse, il a repris ses publications en ligne en 2013, sans moi cette fois. Il est monté en puissance depuis octobre 2018, encore sans moi. Suivi par une soixantaine de milliers de personnes, le seul média indépendant du pays et en exil, comme l’écrit régulièrement Reporters Sans Frontières (RSF), diffuse des journaux d’information, des reportages, des enquêtes, des interviews, des débats et diverses autres émissions. LVD publie également un journal papier gratuit récemment passé d’hebdomadaire à mensuel.
Bien que le pouvoir en place lui ait toujours refusé la licence de média audiovisuel, LVD passera à la postérité comme la première radio libre de l’histoire de Djibouti.
Si, des années durant, j’ai fait œuvre de journaliste, j’ai également écrit des ouvrages. J’ai écrit de la fiction, où le réel se devine au demeurant, mais aussi de la non-fiction. Intéressé (e) ? Lisez la rubrique que j’ai dédiée à cet engagement.